Aller au contenu principal
RBC
Lancer une entreprise de recrutement en pleine pandémie n'a pas été chose facile. Au début, en 2020, les partenaires de Junction Collective n'avaient aucun emploi à combler. Avec la vague de démissions en 2021, l'entreprise connaît maintenant un succès fou. Joanne Acri nous raconte ce parcours.

Les entreprises sont souvent fondées en réponse à une occasion, lorsque quelqu’un se dit que « cela devrait exister ». La série #OccasionEnOr met en vedette des propriétaires de petite entreprise qui ont saisi de telles occasions de combler une lacune, de résoudre un problème ou de répondre à un nouveau besoin même quand il fallait, pour ce faire, surmonter de nombreux obstacles. Là où certains ne voyaient que des risques et de l’incertitude, ces entrepreneurs ont cerné et exploité l’occasion. Découvrez comment ces entreprises canadiennes ont cerné et saisi une occasion en or de créer quelque chose de nouveau, de mieux ou de différent.

Avant même de fonder leur entreprise, les partenaires de Junction Collective partageaient une vision : celle de changer le paradigme qui prévalait dans le secteur de l’embauche en rendant l’expérience plus transparente, claire et collaboratrice, tant pour leurs clients que pour les candidats. Malheureusement, l’entreprise a ouvert ses portes en mars 2020, alors que se déclarait la pandémie et que l’embauche s’immobilisait. Plutôt que d’abandonner, les propriétaires de Junction Collective sont restées fidèles à leur vision, consacrant leur temps à renforcer leurs relations et à venir en aide aux gens en attendant le retour à la normale.

C’est alors qu’une occasion en or s’est présentée, et s’est même imposée.

Joanne Acri, cofondatrice de Junction Collective, nous a récemment parlé du parcours de l’entreprise depuis son lancement et expliqué comment elle a su saisir chaque occasion qui se présentait.

Q. : Le démarrage de votre entreprise de recrutement coïncidait avec le début de la pandémie de COVID-19. Pouvez-vous nous en parler ?

Joanne Acri : La pandémie a frappé au moment où nous nous apprêtions à ouvrir boutique alors que les entreprises procédaient à des mises à pied massives. Il n’y avait plus de postes ouverts, nulle part. Nous avons donc décidé d’apporter notre aide aux autres. J’ai commencé à offrir des rencontres gratuites de 15 à 20 minutes sur Zoom le vendredi afin de répondre aux questions des gens. En moins de 10 minutes, mon horaire était plein ! J’ai aidé des gens, y compris des jeunes à risque et de nouveaux arrivants, à améliorer leur CV sans frais. Mes partenaires, Amanda et Marcia, ont commencé à offrir des examens de portfolio aux candidats. Nous voulions être aussi utiles que possible afin d’aider le marché du travail à se remettre sur pied après ce choc majeur.

Malgré les défis, nous n’avons jamais envisagé d’abandonner. Nous savions que notre perspective était unique et vouée au succès. Quand nous avons fondé Junction Collective, nous visions plus particulièrement les secteurs du marketing, de la publicité et des métiers créatifs. Comme nous avions nous-mêmes occupé des postes en agence et dans le secteur du marketing, nous connaissions bien les besoins dans ces domaines et savions que nous pourrions y devenir des leaders en matière de recrutement transparent.

Q. : Comment avez-vous tiré parti de cette période creuse ?

Joanne Acri : Nous avons créé un site Web et réglé les détails administratifs. Nous avons préparé nos contrats, nous avons rencontré des avocats, nous avons ouvert un compte bancaire d’entreprise et nous nous sommes informées sur les exigences fiscales. Tout cela aurait été beaucoup plus ardu si nous avions dû le faire tout en commençant immédiatement à pourvoir des emplois, alors nous sommes reconnaissantes d’avoir eu du temps pour bien nous préparer. C’était aussi un bon moment pour écouter ce que les candidats et nos futurs clients avaient à dire, notamment sur les éléments difficiles du processus d’embauche.

Q. : À quel moment avez-vous remarqué un revirement de la situation sur le marché du travail ?

Joanne Acri : Nous avons une entreprise cliente aux États-Unis et c’est là-bas que le retournement s’est d’abord manifesté, au début de 2021. Les entreprises commençaient à prendre des décisions complètement inattendues, comme offrir de forts salaires aux candidats et d’énormes primes à la signature d’un contrat d’embauche. La situation s’est accentuée avec la vague de démissions de sorte que soudainement, il y avait plus de postes disponibles que de candidats. Nous avons été très occupées.

Q. : Comment vos conversations avec les clients ont-elles évolué ?

Joanne Acri : Nous avons eu des discussions que nous n’aurions jamais pu imaginer. Nous étions très transparentes, disant à nos clients que le processus prendrait deux fois plus de temps que ce à quoi ils s’attendaient et qu’ils devraient augmenter de 10 000 dollars le salaire qu’ils pensaient offrir. De plus, les gens s’attendent maintenant à travailler à distance et veulent un milieu de travail flexible. Nous devions expliquer à nos clients que la culture du travail avait fondamentalement changé, et pour de bon.

Q. : Quelle incidence le marché du travail actuel a-t-il eu sur vos activités ?

Joanne Acri : Absolument tous les aspects du recrutement ont changé. Avant, nous rencontrions les candidats en personne. Maintenant, nous devons déterminer comment effectuer une évaluation aussi approfondie sur Zoom. Nous avons des clients que nous n’avons jamais rencontrés en personne, de toutes les régions d’Amérique du Nord. Notre portée a augmenté, tant au chapitre des clients que des candidats.

Auparavant, nous allions toujours visiter nos clients à leurs bureaux pour comprendre la culture et l’ambiance de travail. Maintenant, ce n’est plus possible… et franchement plus personne ne se soucie d’une entreprise parce qu’elle a de beaux bureaux modernes au centre-ville, parce que nous travaillons tous de chez nous.

Q. : Vous êtes très occupées en ce moment. Allez-vous arriver à garder le rythme malgré le fort volume de travail ?

Joanne Acri : En travaillant à distance, j’arrive à être beaucoup plus productive. Avant, je n’aurais jamais pu avoir 13 rencontres par jour comme je le fais maintenant. Notre productivité est extrêmement élevée en ce moment.

Q. : Aimeriez-vous avoir plus de temps pour certaines choses ?

Joanne Acri : En ce moment, nous manquons de temps pour l’administration et la planification des affaires. Je n’ai pas le temps de réfléchir à l’avenir de l’entreprise, ou de prendre du recul pour faire le point.

Q. : Qu’est-ce qui vous a le plus étonnée depuis la fondation de Junction Collective ?

Joanne Acri : Premièrement, je n’aurais jamais cru qu’une nouvelle entreprise serait dans la position de refuser des contrats, mais nous l’avons fait lorsque les demandes ne cadraient pas avec nos domaines d’expertise. Nous nous concentrons sur ce que nous maîtrisons le mieux et créons des partenariats avec d’autres entreprises afin de leur faire suivre des clients qu’elles seraient mieux à même de bien servir, par exemple en raison de leur expérience ou de leur réseau.

Il est aussi très agréable de se faire dire par des employeurs à quel point ils apprécient la différence que nous offrons. Ils aiment notre approche et nos prix transparents, une rareté dans le secteur du recrutement.

Q. : Quel conseil donneriez-vous aux entrepreneurs qui démarrent une entreprise en période d’incertitude ?

Joanne Acri : Certains des candidats que nous avons placés n’ont pas encore rencontré leur supérieur en personne après plus d’un an, ce qui nuit à l’établissement d’un solide rapport. Ils n’ont pas pu suivre un autre employé pour apprendre comment exécuter leurs tâches, ni discuter de manière informelle avec leurs collègues. Je recommanderais donc aux nouvelles entreprises qui embauchent de prêter une attention particulière au processus d’intégration en poste et de nouer des liens significatifs avec les nouveaux venus. Sinon, elles risquent de perdre leur personnel.

Il faut aussi prendre le temps d’établir correctement l’entreprise dès le début. Plus tard, on n’a plus le temps de revenir en arrière pour le faire.