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RBC
Foundry est un organisme de services en santé mentale qui aide les jeunes à accéder aux ressources dont ils ont besoin. Estimant que le changement part de la collaboration entre les jeunes, leur famille, la collectivité et les organismes de soutien, Foundry transforme l'approche en matière de soins.

Partout au pays, les difficultés persistantes suscitées par la pandémie se sont ajoutées pour les jeunes aux défis qu’ils doivent relever dans leur vie quotidienne. Au cours d’une conversation, récemment, le Dr Steve Mathias, directeur général de Foundry, nous a expliqué que même si certaines difficultés se sont aggravées durant les 16 derniers mois, les défis qui se posent pour les jeunes sont les mêmes depuis des générations. Ce qui a changé et qui continuera d’évoluer, ce sont le type et la qualité des soins offerts, ainsi que la façon d’y accéder même dans les plus petites localités du pays.

« Pendant que nous continuons de nous remettre de la crise la plus extraordinaire qu’ait connue notre génération, les jeunes ont besoin comme jamais auparavant de pouvoir accéder à des ressources et à des services en santé mentale, dit Martin Thibodeau, président régional, Colombie-Britannique, à RBC. En Colombie-Britannique, RBC est fière d’aider Foundry à contribuer de façon importante au mieux-être des jeunes Canadiens en renforçant chez eux la confiance en soi, la résilience et l’espoir, ce qui a aussi pour effet d’accroître la cohésion des familles et des collectivités. »

Au cours d’une conversation avec des représentants de RBC, le Dr Mathias, directeur général de Foundry, a souligné l’importance de miser sur la collaboration pour aider les jeunes. Il a aussi parlé de ce que les collectivités rurales peuvent enseigner au reste du pays en matière de résilience et de soutien.

Q. : Pourriez-vous nous décrire le modèle de Foundry ?

Dr Mathias : Les centres de Foundry sont le fruit d’une collaboration entre des organismes sans but lucratif, le ministère du Développement de l’enfance et de la famille de la Colombie-Britannique (Ministry of Children and Family Development) et les autorités en matière de santé, qui unissent leurs efforts afin d’offrir la plupart des services sociaux et de santé dont les jeunes de 12 à 24 ans ont besoin. Nous nous efforçons d’offrir tous ces services au même endroit et d’établir notre réputation dans les collectivités au fil du temps, de sorte que lorsqu’une famille a besoin de soutien, elle sait où s’adresser.

Les collectivités sont soutenues par le bureau principal de Foundry, qui réunit l’ensemble des parties prenantes, fait connaître nos services aux jeunes et à leur famille, veille à la conception et à la construction des centres et, une fois les centres ouverts, poursuit le travail d’intégration.

Le modèle de Foundry est conçu de manière à ce qu’il suffise pour les jeunes de se présenter dans un centre et de discuter avec quelqu’un pour savoir comment obtenir l’aide qu’ils recherchent.

Q. : En quoi les services offerts par Foundry sont-ils différents des autres services s’adressant aux jeunes ?

Dr Mathias : Le nom Foundry (fonderie en français) fait référence aux partenariats qui sont créés dans le but d’offrir des services. Il s’agit d’un type différent de collaboration qui mise sur un leadership partagé et sur une action conjointe dans les collectivités.

Alors qu’un nombre croissant de jeunes acquièrent l’assurance nécessaire pour faire entendre leur voix, Foundry prend de l’ampleur en tant que mouvement – un mouvement qui offre des services aux jeunes et va à leur rencontre dans leur milieu.

Q. : Vous avez aussi un solide éventail de services virtuels. Pourriez-vous le décrire ?

Dr Mathias : Notre équipe d’intervenants virtuelle est composée de cliniciens et de pairs aidants situés en divers points de la province. Grâce à ces intervenants, les jeunes de la Colombie-Britannique ont accès par voie virtuelle à des services de counseling, à un soutien offert par des pairs et à des soins primaires. Les jeunes qui habitent loin d’un centre peuvent accéder à nos services virtuellement, sept jours sur sept, grâce à un portail accessible au moyen d’une appli.

Je suis très fier non seulement de notre personnel qui a conçu ce programme de A à Z, mais aussi du rôle que les organismes communautaires membres de notre réseau ont joué en l’adaptant au contexte de pandémie.

Q. : Selon vous, qu’est-ce qui a changé en ce qui a trait à la santé mentale des jeunes Canadiens depuis le début de la pandémie ?

Dr Mathias : En un sens, la situation est la même. Et pourtant tout a changé. La nécessité de rendre les services plus accessibles aux jeunes a été le point de départ de la création de Foundry en 2015. Nous avons proposé d’offrir des services par voie virtuelle en 2015, puis de nouveau chaque année, et chaque fois le gouvernement a rejeté notre proposition. Il a fallu une pandémie pour qu’il se ravise et perçoive ce que notre proposition pouvait amener de positif.

En ce qui a trait aux besoins de services en santé mentale chez les jeunes, peu de choses ont changé. Il y a encore un grand nombre de jeunes qui sont aux prises avec des difficultés de façon quotidienne. C’est un fait connu que les jeunes ont des difficultés. Et dans de nombreux cas, celles-ci s’aggravent et se transforment, par exemple, en anxiété et en dépression.

La différence à l’heure actuelle par comparaison avec la situation avant la pandémie, c’est l’augmentation du nombre de jeunes qui se sentent isolés ou qui ont du mal à composer avec l’anxiété que suscite l’idée d’un avenir incertain. Je crois aussi que certaines transitions seront maintenant plus difficiles, car les jeunes n’ont pas nécessairement fréquenté l’école à temps plein et le stress du retour en classe sera plus intense.

Mais en définitive, ce que nous devons tous comprendre, c’est que la situation actuelle des jeunes n’est pas très différente de celle d’avant la pandémie. Leurs besoins et les difficultés qu’ils rencontrent n’ont pas vraiment changé – même si à certains égards, les problèmes se sont indéniablement aggravés.

Q. : Pourquoi le groupe d’âge visé par Foundry est-il celui des 12 à 24 ans ?

Dr Mathias : Historiquement, les services et les soins offerts aux jeunes s’adressaient aux personnes de 18 ans ou moins. Un tel système n’est pas adapté à notre époque. De plus, il limiterait l’accessibilité du soutien durant des périodes de la vie où les jeunes en ont particulièrement besoin. On note un déplacement du groupe d’âge cible dans de nombreux pays qui sont nos partenaires. Ce déplacement du groupe d’âge est plus en harmonie avec les besoins des jeunes, car ceux-ci ont souvent besoin de soutien alors qu’ils ont déjà largement franchi le cap de la vingtaine.

Notre travail a pour but de réduire de façon importante l’ampleur des difficultés qui accompagnent les périodes de transition, particulièrement autour de l’âge de 17, 18 et 19 ans. Pour les jeunes de cet âge, l’école a toujours été une dimension centrale de la vie. Soudain, ils entrent dans un univers très différent, que ce soit en entreprenant des études postsecondaires ou en s’intégrant au marché du travail. L’adaptation nécessaire de la part des jeunes est énorme, car le changement touche la moitié des heures où ils ne dorment pas. Dans un tel contexte, ne vaut-il pas mieux éviter que le changement touche aussi le soutien sur lequel ils ont pris l’habitude de compter ? Faisons en sorte d’être présents pour les jeunes durant cette transition.

Q. : Avez-vous le sentiment que les jeunes des petites localités sont confrontés à autant de difficultés que ceux des centres urbains ?

Dr Mathias : Il y a plus de similarités que de différences entre les jeunes des milieux urbains et ruraux. Les défis liés à l’identité, à l’avenir, à l’éducation et à l’emploi sont communs à l’ensemble des jeunes, indépendamment de leur âge et de l’endroit où ils vivent dans la province.

Nous commençons à remarquer qu’en dépit des différences touchant l’accès aux services dans les petites localités – par exemple l’accès à un médecin spécialiste –, il y a aussi des avantages propres aux localités rurales, dont le fait qu’on y trouve une véritable collectivité. De plus, les gens s’attendent à ce que les organismes présents dans leur localité prennent soin des jeunes. Si vous quittez un tel endroit pour vous installer dans un centre urbain comme Surrey ou Vancouver, qui prendra soin de vous ? Qui veillera sur votre bien-être ? Qui seront les gens qui formeront votre collectivité ? À bien des égards, lorsqu’il est question d’offrir des services liés à la santé, notre société ne sait plus à quelle collectivité un jeune appartient.

Q. : Quels sont les autres défis qui se posent pour les jeunes des milieux ruraux au Canada ?

Dr Mathias : Outre les difficultés d’accès à des médecins spécialistes, il peut y avoir des problèmes d’accès au transport, comme on l’a observé dans le cas des jeunes des Premières Nations qui vivent en dehors des agglomérations. Comment ces jeunes peuvent-ils obtenir du soutien ? Par ailleurs, dans les petites collectivités, on manque de ressources humaines et il arrive qu’on ne trouve personne pour combler un poste.

Enfin, certaines localités rurales ne bénéficient pas des facteurs de protection que l’on observe dans les grands centres. Par exemple, en matière de loisirs, ces localités n’ont pas nécessairement la masse critique ou les ressources suffisantes pour se doter d’une ligue sportive estivale. Pour cette raison, on entend des commentaires du genre : « Il n’y a tout simplement rien à faire ici pour les jeunes. » Il faut trouver une façon de soutenir les petites localités.

Q. : Quelles sont les solutions qui s’offrent aux petites localités dont la population est trop peu nombreuse pour qu’on offre des programmes ?

Dr Mathias : C’est un problème difficile à résoudre, mais nous devons l’aborder sous un angle différent. Y a-t-il une façon de mettre fin à la discrimination fondée sur l’âge dans les ligues sportives ? Pourrions-nous créer des ligues ou des activités intergénérationnelles plutôt que de réserver une catégorie pour les 16 à 18 ans ? Les collectivités rurales ont une grande résilience, et celle-ci est due à des facteurs très divers.

Q. : Comment décririez-vous la résilience des gens qui vivent dans les collectivités rurales ?

Dr Mathias : La plupart de ces personnes diraient qu’elles sont résilientes parce qu’elles forment une collectivité depuis des décennies ou même des siècles. Les communautés des Premières Nations diraient sûrement qu’elles ont une longue histoire de résilience, et cela ne fait aucun doute dans notre esprit. Ce qui rend ces collectivités résilientes, c’est aussi le fait qu’elles regroupent des gens qui travaillent ensemble depuis de nombreuses années. Et même s’il y a des désaccords dans une petite collectivité, il est plus facile de les résoudre, car tous se connaissent. Les gens peuvent s’appeler et en discuter.

Par ailleurs, comme les ressources sont limitées dans ces collectivités, les gens savent réagir rapidement pour régler les problèmes. Le fait qu’il n’y ait pas de psychiatre dans une localité ne signifie pas qu’un jeune sera abandonné à lui-même ; les gens trouveront une autre façon de l’aider.

Q. : Qu’est-ce que le reste du pays peut apprendre des petites localités en matière de résilience ?

Dr Mathias : Dans les grands centres, selon moi, on a parfois du mal à imaginer qui sont les gens qui uniront leurs efforts pour régler une situation. Qui a l’autorité d’avoir les discussions qui s’imposent ? En l’absence d’une telle autorité ou d’une telle action concertée, il se crée une situation dans laquelle de nombreux organismes travaillent de façon isolée. Malheureusement, le modèle de financement élaboré par les administrations publiques et certains organismes philanthropiques soumet l’obtention de contrats ou de ressources à une certaine concurrence.

Parmi les leçons importantes que les collectivités rurales peuvent enseigner au reste du pays en matière de résilience et de soutien aux jeunes, mentionnons le choix de favoriser la collaboration plutôt que la concurrence, ainsi que la recherche d’une action conjointe.