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RBC
Peu importe le secteur, les dirigeants font face à la même alternative lorsqu'une crise se présente : se transformer ou périr. À l'occasion de la dernière Conférence internationale sur la formation des résidents (CIFR), la Dre Catherine Lucey a raconté comment la crise de la COVID-19 a forcé les enseignants à s'adapter rapidement, ce qui lui a inspiré 10 objectifs que les écoles de médecine devraient viser pour mieux préparer les professionnels de demain.

Lors de la séance finale de la Conférence internationale sur la formation des résidents (CIFR) 2021 – intitulée « Medical education at a strategic inflection point: We have no choice but to transform » (La formation médicale à un point d’inflexion stratégique : nous n’avons d’autre choix que de nous transformer) –, la Dre Catherine Lucey, vice-doyenne de l’Éducation et vice-doyenne exécutive de l’école de médecine de l’Université de la Californie à San Francisco, a exposé sa vision de ce que devrait devenir l’enseignement en médecine après le choc de la pandémie.

Les failles de la formation en médecine

Depuis le début de la pandémie, les professionnels de la santé ont démontré l’efficacité de leur formation, qui permet d’acquérir les connaissances scientifiques nécessaires pour résoudre les problèmes qui se présentent à eux ; d’apprendre les principes épidémiologiques utiles pour prédire les pandémies ; et de développer la créativité indispensable pour élaborer de nouvelles stratégies lorsque les ressources essentielles viennent à manquer.

La Dre Lucey souligne toutefois que la pandémie a aussi révélé certaines failles. Par exemple, on manque encore de ressources pour assurer les soins de longue durée et traiter les maladies chroniques comme le diabète, les maladies du cœur, la toxicomanie et les maladies mentales graves. Dans les régions rurales et les collectivités autochtones, on n’a pas assez de médecins pour combattre la pandémie. On observe ainsi des écarts considérables de morbidité et de mortalité entre les diverses collectivités du pays.

La pandémie a également révélé le pouvoir de l’urgence à vaincre la résistance au changement. « C’est ce sentiment d’urgence qui a poussé tous les intervenants de l’écosystème à changer, à adopter des stratégies qu’on jugeait auparavant trop difficiles à mettre en œuvre », dit-elle.

La formation en médecine doit-elle changer ?

La Dre Lucey le croit, mais elle estime qu’il ne suffira pas de préparer les médecins à la prochaine pandémie. « La vraie question, c’est : dans quelle mesure sommes-nous capables de fournir des soins de grande qualité, équitables et axés sur le patient jour après jour, dans toutes les collectivités, et à tous les patients, sans égard à leur rang social ? Si nous arrivons à concevoir un système répondant à ces critères, nous serons prêts à affronter les prochaines crises. » Pour réaliser cette vision, la Dre Lucey propose 10 objectifs de restructuration de l’écosystème médical et de redéfinition de la formation en médecine.

10 objectifs de transformation de la formation en médecine

(1) Cultiver une vision nationale des soins médicaux

La Dre Lucey explique que les médecins doivent comprendre que les crises sanitaires nationales et mondiales découlent d’une interaction complexe entre divers facteurs biologiques, comportementaux, sociaux et environnementaux. Elle croit que le personnel médical du pays doit être diversifié et capable de s’adresser avec ouverture à une multitude d’individus de cultures diverses.

(2) Atteindre l’égalité dans la formation en médecine et dans les soins de santé

« Les médecins ont la responsabilité de s’attaquer au racisme structurel et interpersonnel qui menace les soins de santé au sein des communautés marginalisées. Nous devons structurer les systèmes et la formation de sorte à atteindre l’équité et la diversité — de l’admission universitaire à la sélection et au classement des candidats à la résidence. » La Dre Lucey croit qu’on doit aborder cette responsabilité avec le même engagement qu’on démontre pour la sécurité des patients et la qualité des soins.

(3) Concevoir la formation des médecins en cherchant à s’attaquer aux causes endémiques de la souffrance

Au cours des prochaines décennies, il faudra redéfinir la responsabilisation, les sciences de base et les compétences cliniques. « La pandémie a fait la preuve que tous les médecins doivent être capables de comprendre des mécanismes complexes dépassant la science médicale traditionnelle. » La Dre Lucey croit que les programmes de formation doivent être élargis pour traiter de questions comme les stratégies de santé publique, l’ingénierie des systèmes, les sciences de la population, la sociologie, la psychologie, et les changements et les politiques organisationnels.

(4) Axer les programmes de formation sur les besoins régionaux

Puisque les écoles de médecine disposent d’une certaine latitude dans les types de maladies qu’elles utilisent pour illustrer les concepts de base, la Dre Lucey recommande que les programmes de formation soient adaptés aux problèmes de santé particuliers des collectivités régionales.

(5) Promouvoir l’équité en adoptant l’évaluation programmatique

L’acceptation d’un candidat à un programme de médecine devrait être basée sur les réalisations prédictives de son succès futur en médecine — plutôt que sur ses notes d’examen en début de formation. « Sans équité dans l’évaluation, il est impossible de favoriser l’égalité des chances, ce qui nous prive de candidats qui pourraient connaître du succès à long terme en médecine. » La Dre suggère plutôt d’adopter l’évaluation programmatique, qui permet de réduire les préjugés inconscients et le stress des étudiants, et d’améliorer les relations au sein des équipes et du corps professoral.

(6) Adopter une formation axée sur les compétences, afin de favoriser la progression des étudiants

« Les étudiants devraient pouvoir passer à une autre étape de formation dès — mais uniquement dès — qu’ils ont pleinement maîtrisé les compétences nécessaires pour réussir la prochaine étape. » Toutefois, la Dre reconnaît que les systèmes institutionnels comptent sur un certain nombre de résidents pour assurer les services cliniques ; l’approche proposée exigerait donc une révision de ces systèmes.

(7) Réviser les systèmes scolaires afin d’accroître l’équité et l’égalité

La Dre observe que l’adoption de l’enseignement virtuel en raison de la pandémie, tout en permettant aux étudiants de poursuivre leur formation en médecine, a atténué certaines iniquités traditionnellement favorables aux étudiants les plus riches. Elle souligne qu’il faut élaborer de nouvelles stratégies d’admission, comme le recours à l’intelligence artificielle, pour mieux évaluer les aptitudes des candidats.

(8) Accorder la priorité au bien-être des médecins

La Dre Lucey croit que les médecins aux études ou en exercice devraient être en mesure de travailler et de poursuivre leur formation dans des environnements favorables à leur bien-être personnel et professionnel. « Pendant la pandémie, les médias ont largement traité de l’extraordinaire fardeau qu’ont dû supporter les professionnels de la santé. » Il est essentiel d’adopter de nouvelles stratégies pour réduire ce fardeau physique, émotionnel et social, et les dirigeants du système de santé devraient être tenus responsables du bien-être de leur personnel.

(9) Répondre aux besoins des collectivités mal servies par des partenariats novateurs

Tous les gens devraient avoir facilement accès à des soins préventifs et thérapeutiques. Pourtant, la pandémie a révélé à quel point les médecins et les services de santé sont répartis inéquitablement au pays. La Dre suggère aux écoles de médecine de créer des programmes et des établissements régionaux axés sur l’amélioration des services aux collectivités jusqu’ici négligées.

(10) Offrir un soutien correspondant aux attentes

De nombreux professionnels de la santé fournissent des soins sans pouvoir compter sur un soutien approprié en raison d’investissements insuffisants dans la santé publique. « Selon le contrat social associé à leur profession, les médecins ont le devoir de venir en aide aux malades et aux blessés, peu importe le risque auquel ils s’exposent. » La Dre souligne néanmoins qu’il est plus que temps de réviser ce contrat social pour clarifier les attentes et les responsabilités de chacun.

Elle croit que les dirigeants et les enseignants du milieu de la santé ont la capacité de former des professionnels qui sauront améliorer notre monde diversifié. « Nous devons être conscients des défis, mais aussi des possibilités. Nous n’avons d’autre choix que de nous transformer si nous voulons améliorer la santé de toutes les collectivités. »

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Rédactrice indépendante basée à Toronto, Diane Amato aime parler de finances, de soins de santé, de voyages et de techno.