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RBC
Samantha Simunyu, une employée de RBC, nous fait part de sa propre expérience et s'entretient avec Paul Bailey, directeur général de la Black Health Alliance, au sujet des moyens de renforcer la résilience chez les jeunes et de la manière dont M. Bailey et son organisme cherchent à améliorer la santé et le bien-être des communautés noires à l'échelle du Canada.

Au Canada, de nombreux membres de la communauté noire sont parfois confrontés à des difficultés particulières et souvent d’ordre culturel lorsqu’ils ont besoin de soutien en santé mentale. Ainsi, une étude de la Black Health Alliance révèle que les jeunes Noirs doivent attendre deux fois plus longtemps que les autres jeunes de leur âge pour avoir accès à du soutien et à des services.

Ces inégalités qui touchent le système de soins de santé et d’autres aspects de la vie sociale peuvent, d’une façon ou d’une autre, avoir un impact sur la résilience des jeunes. Samantha Simunyu, directrice de la publication dans l’équipe Leadership avisé RBC, a vu elle-même sa capacité de résilience mise à rude épreuve lorsqu’elle a été forcée de quitter brusquement le domicile qu’elle occupait aux États-Unis depuis 17 ans. Après être arrivée du Zimbabwe à l’âge de neuf ans, Mme Simunyu a eu à peine quelques jours pour emballer la seule vie qu’elle connaissait en tant qu’adulte.

« À l’époque, je ne pouvais retirer rien de bon de cette expérience, et voir le bon côté des choses me semblait futile », affirme-t-elle.

Par chance, elle a pu s’établir à Toronto où elle s’est construit une nouvelle vie au cours des trois dernières années. Au bout du compte, elle estime que ce déménagement a eu un effet positif dans sa vie.

« Pour moi, la résilience c’est prendre conscience que les problèmes de la vie peuvent être un puissant facteur de développement et une importante source de nouvelles expériences. »

Aujourd’hui, Mme Simunyu est déterminée à aider les femmes et les jeunes de la communauté noire à être mieux outillés. Elle a prononcé des allocutions, notamment lors du sommet virtuel InnovateHER 2.0, une conférence qui se tient à Toronto et s’adresse aux jeunes entrepreneures de couleur. À RBC, elle est membre du comité de Beacon, une initiative qui vise à accélérer l’inclusion et la représentation des professionnels noirs à des postes de direction, et elle soutient le Comité consultatif sur la diversité du Groupe du chef de l’administration.

Analyser les besoins des jeunes Noirs en matière de santé mentale

Récemment, Mme Simunyu s’est entretenue avec Paul Bailey, directeur général de la Black Health Alliance (BHA), à propos du travail que cet organisme de bienfaisance effectue auprès des jeunes pour mieux comprendre leurs besoins en santé mentale et renforcer leur résilience.

« Notre objectif est de favoriser la résilience naturelle des gens, mais aussi de leur donner les outils pour devenir plus résilients, explique M. Bailey. BHA milite actuellement pour la mise en place de services de santé mentale adaptés aux particularités culturelles et fondés sur une approche communautaire afin d’aider à éliminer certains des obstacles auxquels les jeunes Noirs sont confrontés, comme la stigmatisation, le racisme envers les Noirs et les longs délais pour obtenir du soutien. »

Dans la conversation qui suit, Mme Simunyu et M. Bailey discutent de la manière dont le système de soins de santé peut mieux répondre aux besoins des jeunes Noirs, notamment en matière d’accès aux services et au soutien en santé mentale, et parlent de l’occasion qui s’offre à des organisations comme RBC d’apporter leur appui.

« Le travail visant à soutenir et à outiller les jeunes Noirs est essentiel, et RBC intervient de façon directe pour s’attaquer aux défis auxquels ils font face », souligne Mme Simunyu.

« Nous devons profiter de cette occasion pour travailler avec des organisations comme RBC pour mieux faire entendre la voix des jeunes », déclare pour sa part M. Bailey.

Voici la transcription de cette conversation.

Samantha Simunyu : En quoi la pandémie a-t-elle changé la manière dont la Black Health Alliance interagit avec les jeunes ?

Paul Bailey : Nous mettons l’accent sur les systèmes et veillons à ce qu’ils soient responsables et réactifs à l’égard des communautés et des besoins des jeunes. Nous avons dû transférer nos services en ligne, ce qui n’est pas totalement négatif, mais cela change la dynamique de notre travail.

Le projet Pathways to Care est un exemple de ce que nous faisons. Il s’agit d’un projet d’innovation axé sur les systèmes de soins de santé mentale, dont le but est d’améliorer l’accès aux services en éliminant les obstacles pour les enfants et les jeunes de la communauté noire et leurs familles. Tout notre engagement se fait en ligne, ce qui a changé la façon dont nous établissons des liens et travaillons avec les jeunes et les communautés.

Nous avons également discuté avec des membres de la communauté dans les quartiers de Toronto les plus durement touchés par la COVID, et nous avons parlé avec les gens de la manière dont la pandémie les a affectés. Nous avons entendu beaucoup de parents et de jeunes parler du manque d’accès à des masques et à du désinfectant. Nous avons aussi entendu parler de la fermeture des écoles et du passage à l’enseignement en ligne et de la myriade de problèmes que cela crée. L’éducation joue un rôle énorme dans la préservation de la santé mentale, aussi nous essayons de comprendre les besoins et de faire en sorte que le système en tienne compte, tant pour la santé mentale que pour l’éducation des jeunes Noirs après la pandémie.

Samantha Simunyu : Un autre sujet important est la résilience, que j’ai toujours définie comme la capacité de rebondir ou de conserver une attitude positive quand on vit une expérience négative. D’après moi, c’est un sujet que nous devrions aborder plus en détail. Que signifie la résilience pour vous ?

Paul Bailey : Je suis d’avis que le terme « résilience » désigne plusieurs choses différentes pour beaucoup de personnes. Je pense à la force intérieure qu’ont certains et qui leur permet de rebondir. Mais je pense aussi à la manière dont nous aidons les jeunes à devenir résilients en répondant à leurs besoins essentiels. Dans le contexte de la pandémie, les jeunes souffrent lorsqu’ils ne sont pas à l’école, l’argent et la nourriture sont probablement limités, et les logements dans lesquels ils vivent sont peut-être surpeuplés. Ce n’est certainement pas l’environnement idéal pour développer de la résilience. Notre priorité et notre objectif en tant qu’organisme consistent par conséquent à favoriser la résilience naturelle des gens, mais aussi à les aider en leur fournissant les outils et les ressources nécessaires pour être plus résilients.

Samantha Simunyu : Au-delà de la pandémie, pourquoi croyez-vous qu’il est important pour les jeunes Noirs, en particulier les femmes, de renforcer leur résilience ?

Paul Bailey : Les femmes noires sont, d’une manière ou d’une autre, l’épine dorsale de nos communautés. Ce sont toujours elles qui veillent à ce que nous recevions du soutien.

Lorsque je pense à la manière dont nous préparons à rebondir après la pandémie, j’ai souvent en tête les pressions que subissent les femmes noires pour servir leur communauté. La résilience dépend beaucoup d’autres personnes et d’autres facteurs, et il est important que nous aidions les gens à développer cette qualité, en particulier les femmes noires.

Samantha Simunyu : Je suis née au Zimbabwe et j’ai grandi dans l’idée que les femmes et les hommes doivent s’armer d’une carapace, peu importe ce qui leur arrive dans la vie. Je crois que cela conduit à stigmatiser les personnes qui souffrent de troubles mentaux. Que pensez-vous de la stigmatisation entourant les problèmes de santé mentale dans la communauté noire ?

Paul Bailey : J’ignore si les troubles mentaux suscitent moins de préjugés dans nos communautés. Je pense que beaucoup de personnes sont plus à l’aise de créer des espaces pour en parler ouvertement et raconter leur expérience. En revanche, je ne sais toujours pas s’il y a ou non un risque pour les hommes et les femmes noires de révéler publiquement qu’ils sont dans un état de détresse mentale. Ce que je constate, c’est qu’il y a plus de personnes qui créent des espaces pour aborder ces problèmes de façon progressive et originale, et cela me donne de l’espoir.

Samantha Simunyu : Parmi les jeunes Noirs avec lesquels vous travaillez, quels sont les défis auxquels ils font face et quelles en sont les causes ?

Paul Bailey : Les communautés noires ne sont pas uniformes, et je pense que l’héritage culturel joue un rôle très important dans la manière dont nous réagissons aux problèmes de santé mentale. La façon dont les gens perçoivent ces problèmes a vraiment des répercussions sur la manière dont ils se mobilisent ou non, et les systèmes et les services doivent en tenir compte.

Pour ce qui est des défis, le projet Pathways to Care a révélé que les jeunes Noirs de l’Ontario doivent attendre deux fois plus longtemps que les jeunes Blancs pour accéder à des services fondés sur des données probantes. Étant donné qu’il leur faut beaucoup plus de temps pour recevoir ces services, les jeunes Noirs les obtiennent souvent d’une autre façon, par exemple dans les salles d’urgence ou par l’intermédiaire de la police ou du système judiciaire. S’ils s’adressent à un fournisseur de services, il est possible que celui-ci ne soit pas conscient du rôle du racisme envers les Noirs comme facteur déterminant de la santé mentale. Il ne pourra donc pas réagir en conséquence ou ne comprendra pas que les jeunes Noirs sont parfois confrontés à certaines formes de racisme quand ils utilisent ces services. Je crois qu’il est important que nous prenions conscience de la diversité parmi les jeunes et que nous sachions qui est le mieux placé pour les aider. Il y a beaucoup de travail à faire pour créer une prise de conscience et renforcer la capacité du secteur à interagir avec les jeunes Noirs.

Samantha Simunyu : Comment pouvons-nous accroître la sensibilisation, notamment pour que les jeunes soient mieux informés sur les problèmes de santé mentale et les services qui leur sont offerts ?

Paul Bailey : La première étape consiste à prendre le temps de parler avec les jeunes et avec les personnes qui leur fournissent des services afin de comprendre quels sont leurs besoins. Nous ne pouvons pas partir du principe que nous comprenons cette dynamique. La deuxième étape consiste à collaborer avec les fournisseurs de services afin de les aider à mieux connaître leur communauté et de leur donner les outils pour la rejoindre et la servir en tenant compte de ses besoins. Enfin, je crois que nous devons profiter maintenant de cette occasion pour collaborer avec RBC et d’autres organisations qui disposent d’une plateforme pour faire entendre la voix des jeunes.

Samantha Simunyu : Quelques mots pour conclure ?

Paul Bailey : Nous aurons besoin de temps pour doter le système des capacités nécessaires pour répondre aux problèmes auxquels les jeunes Noirs sont confrontés. Ainsi, nous militons présentement en Ontario pour obtenir des services adaptés aux particularités culturelles et fondés sur une approche communautaire afin de combler les besoins des jeunes. C’est un élément essentiel de la solution. Par ailleurs, je pense que ceux qui possèdent une plateforme de soutien devraient vraiment songer à donner aux communautés les moyens d’être à l’écoute des jeunes, que ce soit par l’intermédiaire de dons ou de partenariats.


L’entrevue a été condensée à des fins de clarté.