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À leurs débuts, Leslie Bradford-Scott et son mari Peter confectionnaient des sels de bain dans leur cuisine de campagne. Aujourd'hui, ils proposent plus de 80 produits pour le bain et pour le corps qui sont vendus dans plus de 2 000 magasins en Amérique du Nord.

#maréalisation : Innovateurs, entrepreneurs et idealists

Vous êtes-vous déjà demandé comment les entrepreneurs réussissent à transformer leurs rêves en réalité ? Ce qui les motive à repousser les limites, à susciter le changement et à faire progresser leur secteur ? Nous avons eu l’occasion de le demander à des propriétaires de petite entreprise du Canada.

Leslie Bradford-Scott raconte comment Walton Wood Farm a pris naissance et comment elle est progressivement devenue une entreprise prospère qui offre aujourd’hui une multitude de produits pour le corps, tous fabriqués avec soin et présentés de façon amusante. Elle raconte aussi comment son entreprise soutient les collectivités rurales du Canada.

Q : Qu’est-ce que Walton Wood Farm ?

L. Bradford-Scott : Nous sommes en quelque sorte l’équivalent des cartes HallmarkMC dans le secteur des produits pour le corps. Nous fabriquons des produits pour le bain et pour le corps, que nous destinons au marché des cadeaux. Nous ne vendons pas de la lavande ou de la vanille ; nous proposons plutôt des produits aux noms évocateurs. Nous associons un sentiment à chaque produit.

Q : De quelle façon Walton Wood Farm a-t-elle évolué ?

L. Bradford-Scott : Quand nous avons acheté la ferme, je ne voulais pas aller en ville tous les jours ; j’ai donc opté pour une entreprise à domicile. J’ai d’abord pensé à produire des cultures de valeur élevée.

J’ai fait des recherches sur les plantes ornementales ligneuses qu’on utilise dans les arrangements floraux. J’ai aussi exploré les cultures de spécialité, comme le chanvre et les tournesols ; j’essayais de sortir des sentiers battus. Mais j’ai rapidement découvert que je n’ai pas le pouce vert. Après avoir tué toutes les plantes que j’ai essayé de faire pousser, j’ai réfléchi à ce que je pourrais fabriquer dans ma cuisine pour gagner ma croûte sans quitter la ferme.

Les entreprises qui réussissent sont d’abord créées pour résoudre un problème. Je me suis donc dit : quel problème dois-je résoudre ?

J’ai pensé à ma propre vie. J’avais eu des difficultés au fil des ans, et je n’avais pas les moyens de prendre des vacances. Ma plage, c’était ma baignoire. J’allumais des bougies, je faisais jouer de la musique apaisante, et j’avertissais les enfants de ne même pas penser à me déranger. Ce repos de 20 à 30 minutes me permettait de chasser le stress du quotidien. Quand je me sentais incapable d’affronter une journée de plus, je prenais un bain. Ça me permettait de recharger mes batteries. Le lendemain matin, j’étais prête à repartir.

Je me suis dit que ça réglait un problème, et je me suis demandé combien de gens ressentaient la même chose.

Q : Comment avez-vous transformé cette idée en entreprise ?

L. Bradford-Scott : Je me suis inspirée de ma vie – par exemple de mes semaines infernales –, et j’ai créé des étiquettes et des histoires qui pouvaient toucher les gens, en faisant du bain une façon de récupérer des épreuves. J’ai acheté des livres, j’ai fait des recherches dans Internet, puis j’ai appris comment fabriquer des sels de bain.

Avec mon malaxeur, je produisais cinq bouteilles à la fois. J’ai ensuite décidé de réaliser une vraie étude de marché, et j’ai fabriqué assez de produits pour remplir ma camionnette. J’ai dit à mon mari : je ne reviendrai pas tant que je n’aurai pas tout vendu. Je parcourais les rues principales, et j’entrais dans les magasins avec une boîte de 55 lb ; je disais : voulez-vous acheter de mes sels de bain ? Étonnamment, j’ai essuyé peu de refus ; si je me présentais à l’acheteur, je vendais mon produit.

Quelques mois plus tard, notre maison était transformée en fabrique de sels de bain. Nous faisions l’étiquetage sur la table de la salle à manger. Le rez-de-chaussée était un entrepôt.

Mes filles ont dit : « tes produits sont géniaux, mais que fais-tu des gars ? » Comme elles avaient du mal à trouver des cadeaux pour leur petit ami, je me suis mise à réfléchir à ce que je pouvais fabriquer d’attrayant pour les hommes.

J’ai étudié le rayon des parfums à la pharmacie, et j’ai découvert que les parfums pour hommes avaient un aspect très féminin. Les contenants n’avaient pas l’air solides. Je me suis demandé ce que je pouvais créer à la ferme.

Nos produits pour hommes sont faits de cire et de beurre de soya ; ils sont exempts d’alcool, et ils contiennent des hydratants. Les gars peuvent les lancer dans leur sac, les utiliser sur leurs coudes gercés, dans leurs cheveux. Je voulais présenter ces produits d’une façon qui touche les hommes. Je voulais un emballage qui leur parle et qui soit aussi attrayant pour les acheteurs de cadeaux. En fin de compte, les femmes les aiment aussi.

Q : De quelle façon vos histoires et vos étiquettes distinguent-elles vos produits ?

L. Bradford-Scott : Chaque variété de sels de bain est associée à une petite histoire amusante, en rapport avec les coups durs de la vie et les temps d’arrêt nécessaires. Pour d’autres produits, c’est l’étiquette qui parle ; par exemple, sur celle de notre lotion « Week from Hell Hand Rescue » (sauve-mains Semaine d’enfer), on peut lire « Soft hands can handle anything » (les mains douces sont capables de tout). Et sur l’étiquette de notre crème « Dear Mom Hand Rescue » (sauve-mains Chère maman), on trouve le slogan « For the hands that made me » (pour les mains qui m’ont faite). L’étiquette transforme un produit utilitaire en quelque chose d’amusant et de sentimental.

Nos produits pour femmes sont conçus pour les occasions émotives. Pour les hommes, nous tendons à cibler les archétypes qui nous paraissent faire partie de leur langage.

Q : De quelle façon Walton Wood Farm aide-t-elle les collectivités du Canada à se développer ?

L. Bradford-Scott : Nous faisons partie d’une collectivité rurale, soit celle du comté de Peterborough. Les personnes qui vivent dans un milieu rural peuvent avoir du mal à trouver un bon emploi, car les débouchés sont limités. C’est pourquoi nous engageons surtout des femmes de milieu rural. Elles relèvent de nouveaux défis et acquièrent de nouvelles compétences – qu’elles restent à notre emploi ou non, peu importe ; cette expérience leur ouvre des débouchés pour plusieurs années.

Et l’argent que récolte l’entreprise est réinvesti le plus possible dans la collectivité. Ainsi, nous faisons appel à des fournisseurs locaux. Nous offrons aussi de l’accompagnement à d’autres entreprises rurales. Même si nous ne sommes pas dans le même secteur, certaines pratiques sont communes, surtout dans les domaines du marketing, des médias sociaux et de l’exploitation d’Internet.

Q : Quelles sont vos plus grandes difficultés au quotidien, et comment les surmontez-vous ?

L. Bradford-Scott : L’infrastructure.

Il y a des millions de petits enjeux – il ne suffit pas d’imaginer, de fabriquer et d’expédier des produits. Ce serait trop facile ! La technologie est très complexe, et l’harmonisation de tous les systèmes est certainement le plus grand défi. Dans ce domaine, la courbe d’apprentissage est également très coûteuse.

La création des produits est finalement la partie la plus facile. La partie difficile, c’est la gestion de l’infrastructure de fabrication.

Q. : Y a-t-il eu des moments où vous pensiez que vos projets ne fonctionneraient pas ?

L. Bradford-Scott : Ces moments sont assez fréquents, car l’entreprise demande beaucoup de financement. Il faut de l’argent pour se développer, et nous pouvons avoir des ennuis. Des produits peuvent être endommagés, et des systèmes peuvent se détraquer. À mesure que nous prenons de l’expansion, nos erreurs deviennent plus graves. Certains jours, j’ai l’impression que nous marchons sur le fil du rasoir, et je me demande si nous survivrons jusqu’au lendemain.

Il faut surmonter les obstacles et savoir sur quelles manettes tirer pour se sortir du pétrin. Il faut aussi pouvoir compter sur des partenaires financiers attentifs.